La présence tangible de Daech en Amérique du Sud

En novembre 2015, Daech a mis en garde dans une vidéo que les pays participant aux frappes aériennes contre la Syrie subiraient le même sort que la France, et il a menacé d’attaquer l’Argentine.   Le message aux pays impliqués dans l’offensive contre Daech, que ceci qualifie de “croisade”, a été prononcé par un homme habillé de militaire et avec un turban, identifié comme Al-Ghareeb l’algérien.

Apparemment la vidéo a été réalisée par des combattants de l’État islamique dans la province iraquienne de Salahuddine, au nord de Bagdad.

En mai 2016, pour la première fois dans un communiqué en espagnol, le groupe terroriste État islamique a menacé l’Espagne et tous les pays de langue espagnole. À travers un communiqué publié par la Wafa’ Media Foundation et signés par Abu al-Baraa Ibn Malik, les djihadistes ont justifié les attentats terroristes en tant que réponse au bombardement de l’Occident en Syrie et en Irak. Dans la même année, Dabiq a proclamé son intention de convertir à l’Islam les Mayas du Chiapas, au Mexique, et tout le long de la frontière avec le Guatemala.

En profitant de la pauvreté et de la marginalisation des peuples autochtones, Daech a annoncé une campagne “anticolonialiste” pour islamiser, entre autres, les Taínos des Caraïbes, les Wayuu de Venezuela et Équateur, et les Guaraníes et les tribus amazoniennes du Brésil.

L’infiltration de Daech dans la région

Mexique

Le lien étroit entre les terroristes islamiques et l’Amérique latine se développe depuis des années et Judicial Watch l’a largement reporté, surtout en ce qui concerne le Mexique. Avec une frontière au sud dangereusement poreuse, la collaboration entre les terroristes musulmans et les cartels de la drogue mexicaine a créé une menace critique pour les États-Unis. En 2016, Judicial Watch a signalé que Daech aurait des cellules actives à quelques kilomètres d’El Paso, au Texas, dans une région connue sous le nom d’Anapra, située juste à huit kilomètres de la frontière, à l’ouest de Ciudad Juárez, dans l’État mexicain de Chihuahua.

Les djihadistes transperceraient la frontière avec l’aide de trafiquants de drogue et exploreraient les objectifs de leurs futures attaques sur le sol américain.

Une autre cellule d’islamistes aurait siège à l’ouest de Ciudad Juárez, à Puerto Palomas, cible les villes du Nouveau-Mexique de Columbus et Deming pour un accès facile aux États-Unis. Selon un rapport au cours d’une opération conjointe qui a eu lieu au début d’avril 2016, l’armée mexicaine et agents fédéraux des États-Unis ont découvert des documents en arabe et en ourdou, et cartes de Fort Bliss, une structure militaire qui abrite la Première Division Blindée des États-Unis au Nouveau-Mexique et au Texas.

En outre, la zone autour d’Anapra est dominée par le cartel de Vicente Carrillo Fuentes (cartel de Juárez), La Línea (le bras d’application du cartel) et Barrio Azteca (un gang formé à l’origine dans les prisons d’El Paso).

En fait, le contrôle de la région d’Anapra par les cartels, la rendent un environnement extrêmement dangereux et hostile pour les opérations de l’armée mexicaine et de la police fédérale.

Selon ces mêmes sources, les coyotes engagés dans le trafic d’êtres humains – et travaillant pour le cartel Juárez – ont aidé à déplacer les terroristes de Daech dans le désert et à travers la frontière entre Santa Teresa et Sunland Park, au Nouveau-Mexique.

À l’est d’El Paso et de Ciudad Juárez, des coyotes soutenus par des cartels sont également en train de faire passer des militants de Daech à travers la frontière poreuse située entre Acala (un carrefour rural situé à environ 54 miles d’El Paso sur la Highway 20) et Fort Hancock, au Texas. Ces zones spécifiques ont été ciblées pour être exploitées par l’organisation djihadiste en raison de la faiblesse des services de police (municipal et du pays) et à cause des relatives zone-refuge que ces zones offrent à la contrebande de drogue à grande échelle qui n’a pas été contrôlée et qui était déjà en cours.

Les sources de renseignement mexicaines reportent que Daech entend exploiter les chemins de fer et les installations aéroportuaires à proximité de Santa Teresa, au Nouveau Mexique, (un port d’entrée des États-Unis). Selon les mêmes sources, Daech se serait infiltré dans les East Potrillo Mountains où bénéficierait de « guetteurs »pour aider le franchissement des frontières par les terroristes.

Il faut mettre en exergue que le groupe, dans la neuvième édition de son magazine de propagande Dabiq, publié en 2015, a indiqué qu’il:

“pourrait acquérir une arme nucléaire au Pakistan,  la transporter au Nigeria et après, avec la coopération de Boko Haram,  la faire entrer clandestinement aux États-Unis par le Mexique, en utilisant les réseaux de trafic existants en Amérique latine”.

Le risque a été aussi souligné par l’International Luxembourg Forum on Preventing Nuclear Catastrophe, qui a expliqué comme le groupe djihadiste essaie activement d’acquérir des armes de destruction massive. En outre, il faut considérer que Daech a eu accès à des matières radioactives provenant d’hôpitaux et de centres de recherche sur le territoire qu’il a capturé en Irak et en Syrie, augmentant la probabilité que le groupe djihadiste puisse mettre en place une bombe sale de portée considérable.

Présence de cellules de Daech et point d’intéret jihadiste en Mexique

Trinité et Tobago

Le Rapport sur le terrorisme de 2015 du U.S. Department of State avait encore des préoccupations au sujet de la présence qui maintient Hezbollah dans toute l’Amérique latine, où que ses membres, ses animateurs et ses supporters continuent de mener des activités dans le but de créer une infrastructure stable en Amérique du Sud, et de recueillir des fonds pour le groupe par des moyens légaux et illégaux.

La ligne directrice du rapport a été aussi suivie par l’amiral Kurt Tidd du Southern Command (SOUTHCOM) en mars 2016, qui a mis en garde contre la radicalisation islamique croissante en Amérique Latine.

À cet égard, Trinité et Tobago, les îles des Caraïbes au nord de l’Amérique latine, sont identifiées comme «particulièrement inquiétantes» parce que les autorités locales ont indiqué que 70 de leurs citoyens se sont rendus en Syrie et en Irak pour rejoindre Daech. En outre, neuf des citoyens des îles ont été arrêtés en Turquie en essayant de franchir la frontière en Syrie.

Les autorités islamiques du pays avertissent de plus en plus à propos de l’intérêt que le salafisme suscite parmi les jeunes du pays.

À ce jour, Daech a publié de nombreux entretiens enregistrés et écrites dont les protagonistes ont été les citoyens trinidenses.  Le rapport cite un article de 2012 dans une publication militaire de Trinidad qui compare la croissance de l’islam radical dans le pays à un groupe de musulmans violents qui ont essayé de renverser le gouvernement en 1990.

En outre, il faut souligner que, selon un reportage apparu dans les médias de Trinité et Tobago, un homme d’affaires et militant politique local, Inshan Ishmael, aurait tenté de transférer de millions de dollars à des organisations présumées liées au terrorisme. Deux transferts ont réussi et deux non. Parmi les tentatives suspectes, il y a eu 509 miles dollars en 2011 à la Muslim Aid foundation, classée comme organisation terroriste.

Brésil

Argentine et Brésil sont les pays où il y a le plus grand nombre de pratiquants de l’Islam, en atteignant dans les deux cas à peu près un million de musulmans. Surinam, Venezuela, Mexique, Pérou et Chili, parmi autres, présentent également une communauté musulmane florissante qui a grandie, principalement, avec l’augmentation des conversions après les attentats terroristes du 11 Septembre.

À la veille des Jeux Olympiques, un groupe djihadiste radical autoproclamé Ansar al-Khilafah Brazil a prêté allégeance au chef de Daech, Abu Bakr al Baghdadi.

Comme cela ressort de sa déclaration juste un mois avant les Jeux Olympiques, le groupe voulait mener une attaque,  probablement contre la délégation française présente dans le pays en tel occasion.

En plus, à la fin de juillet 2016, le ministère de la Justice du Brésil a signalé, lors de l’Opération Hashtag, l’arrestation de 12 brésiliens qui auraient formé une cellule désorganisée et amateur, présumée partisan de Daech. Selon les autorités, ces personnes ont échangé des messages sur les réseaux sociaux en félicitant l’État islamique et en cherchant à acquérir des armes auprès de fournisseurs illégaux qui opèrent au Paraguay.

En aout 2016, la police brésilienne a arrêté deux personnes et en a forcé trois à déclarer à San Pablo. Ils ont été identifiés comme sympathisants et apologistes du groupe terroriste État islamique, aussi eux, via les réseaux sociaux. Selon le rapport de la police brésilienne, les suspects, dont les identités n’ont pas été divulguées, ont eu des liens avec le groupe arrêté en juillet.

Argentine

En Argentine il y a des groupes qui revendiquent ou au moins sympathisent avec le terrorisme, en fournissant une réelle faisabilité pour le recrutement de militants par des organisations comme Daech. En outre, il faut ajouter que l’Argentine a accepté de fournir un refuge aux citoyens syriens et, par conséquent, l’attention particulière envers ce pays devrait augmenter car il pourrait constituer une porte d’entrée pour de potentiels terroristes.

Comme déjà avalé par plusieurs analystes, la Triple frontière parmi Brésil, Argentine et Paraguay en Amérique latine représente la « capitale des conspirations ». Mais les récentes données pointent envers les villes frontalières de Corrientes qu’il faudrait examiner plus attentivement. En fait, des dix présumés terroristes arrêtés au Brésil, au moins trois ont été capturés dans les États de Rio Grande do Sul et de Parana, à la frontière avec l’Argentine.

Conclusions

Au lendemain de la barbarie infligée par les terroristes islamistes en France, cinq Syriens se rendant aux États-Unis avec de faux passeports grecs ont été arrêtés en Honduras.  Lorsqu’ils ont été interrogés, l’un d’eux a déclaré qu’ils étaient des « étudiants ». À ce moment-là, il est devenu alarmant et claire que l’Amérique latine pourrait bien servir de tremplin aux terroristes islamiques pour attaquer les États-Unis.

Par conséquent, en évaluant le risque de possibles attaques de Daech dans la région, celles-ci pourrait s’expliquer à travers les citoyens sud-américains partis pour rejoindre les files de Daech en Syrie ou en Iraq,  qui pourraient rentrer dans leur pays d’origine, planifier et mener des attaques in loco ou aux États-Unis. Dans ce scenario, des réseaux illicites, établis pour faire de la contrebande de drogues (ainsi que d’armes et d’immigrants) à travers la région, pourraient être utilisés pour canaliser les extrémistes dans des sections poreuses de la frontière au sud des États-Unis.

Par conséquent, la présence (pour le moment) indirect de Daech en Amérique du Sud, bien que pas structurée, représente le germe d’une menace plus que tangible.

Il faut mettre aussi en exergue que le fait que Daech soit frappé militairement en Syrie et en Irak, et sa conséquente perte de territoire, pourrait entrainer un changement stratégique et géographique des activités terroristes du groupe djihadiste, en virant partiellement vers l’Amérique Latine.

Par contre, les gouvernements de la région sud-américaine considèrent le terrorisme islamique comme un problème étranger et les services de renseignement sont mal équipés pour gérer ce phénomène et protéger points sensibles où l’infiltration djihadiste, et la menace de relatives opérations hostiles, représente déjà une menace sous-jacent.


Massimo Pascarella. Laureato in “Scienze politiche e relazioni internazionali”, possiede un Master in “Analisi d’intelligence e conflittualità non convenzionale”. Collabora con il quotidiano nazionale boliviano “El Deber” e con vari Think Tanks italiani occupandosi dei conflitti e dei cambiamenti di potere nel Vicino Oriente e dell’analisi dei gruppi jihadisti